La philosophie de l'art
(Dr. Salahedine Kechrid) Méditations d'un Musulman sincère
Ed. Dar al gharb al islami


Il existe l'art et les beaux arts et les plus beaux ne sont pas les plus utiles de même que les plus utiles sont loin d'être les plus coûteux. En Islam, le critère de toutes choses est son utilité réelle et durable pour les Hommes. Toute chose non utile est à rejeter quand ce serait même une science. C'est en ce sens que le Prophète (saw) demanda à Son Seigneur de le préserver de toute science inutile et que le Messager d'Allah (saw) dit également "ma nation connaîtra son déclin quand les mosquées seront envahies par le luxe et que le Coran sera écrit avec de l'or".

Dans un but de commodité et de rendement maximum, l'esprit de l'homme a inventé l'art qui construit les maisons, jette les ponts et adoucit les routes. L'art pris dans ce sens, est une excellente chose puisqu'il vise au bien être de l'Humanité et à la préservation de vies humaines. Ainsi, l'intelligence humaine tout en servant à améliorer les conditions naturelles de la vie, découvre chaque jour des horizons nouveaux et s'élève dans l'échelle noble et ardue de la connaissance. Cependant l'esprit humain est sans cesse sollicité par d'autres forces qui veulent le fixer éternellement à la terre et parmi ces forces sont la vanité et l'insatiabilité.

La maison devient palais, la nourriture indispensable devient festins, le vêtement devient parure, le raisonnement devient poésie, le besoin devient passion et le moyen devient le but final. Ainsi sont nés les arts décoratifs avec leurs vains ciselages et leurs stucs (revêtement mural décoratif) éphémères. Ainsi est née la musique et la danse qui sont le gaspillage le plus insensé du génie créateur et qui sont les voies les plus courtes vers la dissolution des moeurs et la perte de la virilité.

Pour juger de la valeur de ces beaux arts, il suffit de voir le sentiment véritable qui les inspire. Un regard objectif et profond nous montre que ce sentiment ne peut être en général que la vanité et la concupiscence. Il suffit de penser que les stucs inutiles des palais suffiraient à loger des milliers de personnes et que la broderie d'un manteau habillerait plus d'un pauvre. L'Islam nous dit que le costume le plus beau est celui de la piété.

C'est en effet le luxe et le superflu qui, en même temps que l'avarice et l'égoïsme, perturbent ce cycle naturel des ressources de ce monde grâce auquel nul ne manquerait de l'indispensable pour vivre. La meilleure image de ce débordement de nos passions égoïstes se trouvent dans ces temples luxueux du jeu ou de la licence où coulent à flots des sommes qui pourraient sauver la vie à des millions d'êtres humains complètement affamés. D'aucuns s'empresseront de penser que ces paroles viennent d'un esprit barbare et réfractaire à tout ce qui est beau, on dira que la vie serait bien fade et bien monotone sans ce "superflu". Mais de quelle ivresse s'agit-il ?

L'ivresse véritable est celle qui éveille au contraire notre spiritualité et la développe au point qu'elle domine et écrase toutes les considérations inhérentes à notre côté matériel. Le chant d'un oiseau solitaire, le coucher du soleil sur un paysage infini, le murmure d'une source, cette paix qui se dégage de la campagne sont plus bénéfiques et plus apaisants pour notre âme que les spectacles les plus coûteux ou la musique la plus savante. Une conscience propre et tranquille nous assure un sommeil que les lits les plus moelleux ne peuvent nous procurer. Un régime alimentaire sobre et raisonnable nous assure la santé bien mieux que ces tables débordants de mets succulents. La simplicité n'est-elle pas la parure la plus réelle des grands hommes de l'Histoire et n'est elle pas l'apanage des Prophètes (as) et des Saints ?

Si tout le génie consacré à la composition des oeuvres de musique et la construction des palais était employé à la recherche scientifique utile et à la méditation du Livre pour en dégager le seul remède de notre âme en peine, la Terre serait à jamais débarrassée de l'injustice et de la haine et les Anges mêmes n'hésiteraient plus à se montrer dans les rues.

Quand le général de Omar Ibn Al Khattab (raa) voulut lui mettre sur la tête la couronne fabuleuse du roi des Perses qu'il venait de battre, Omar l'en empêcha et lui dit "Dès qu'un peuple se passionne pour de tels objets, la haine et la discorde ont tôt fait de les déchirer et de les affaiblir. Ce ne sont pas vos armes qui les ont vaincus mais ce sont ces instruments de la tentation qui ont préparé leur défaite."


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